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mardi 29 novembre 2011

PNUE : Combler le fossé

De nombreux délégués, l’an dernier, à Cancún, n’ont pas noté l’éléphant qui se venait se glisser dans les salles de réunion et les couloirs. Aujourd’hui, cet éléphant est arrivé à la COP17 – et il est encore plus gros.
La semaine dernière, le PNUE a publié une version mise à jour du rapport sur le fossé entre les niveaux d’engagements actuels et les objectifs nécessaires de réduction des émissions - “The Emission Gap report”. Encore une fois, le PNUE conclut que d’ici 2020, les émissions mondiales doivent être réduites de 44 Gt si l’on veut rester sur une trajectoire crédible pour ne pas dépasser les 1,5°C, ou même les 2°C.
Premièrement, la mauvaise nouvelle :  le PNUE estime que le fossé entre ce qui est nécessaire et ce qui est mis sur la table est encore plus grand que l’an passé. Même si tous les pays atteignent le plus haut de leurs engagements, et que tous les échappatoires sont éliminés, le fossé sera de 6 Gt en 2020 – soit autant que les émissions des Etats-Unis.
Dans le monde réel, il est plus probable que ce fossé soit de 11 Gt environ. Les pays développés restent bloqués sur des engagements faibles, conditionnels, et affaiblis par de nombreux échappatoires. De fait, selon le PNUE, les engagements actuels combinés aux règles laxistes de comptabilisation les émissions des pays développés seront à peine moindres que celles du scénario «laissez-faire».
Mais le rapport donne aussi une bonne nouvelle. Le PNUE indique qu’avec une action forte dès aujourd’hui, il est possible de faire encore plus que combler le fossé, sans innovation technologique majeure ni coût prohibitif. Comment ?
En développant largement l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. En mettant un coup d’arrêt à la déforestation. En améliorant les politiques de gestion et de traitement des déchets et les pratiques agricoles. 
Et en agissant sur les secteurs actuellement non régulés du transport international maritime et aérien.
Afin de rendre possibles ces solutions pratiques, il est nécessaire de rehausser les niveaux d’ambition. Tous les pays peuvent et doivent faire plus. Mais, ce sont en premier lieu les pays développés qui doivent le faire.
Les Accords de Cancun reconnaissent que les objectifs des pays développés doivent se situer entre entre -25% et -40% par rapport à 1990. Pour ECO, l’ambition doit aller au-delà de -40% si l’on veut vraiment respecter le 2°C – sans même parler du 1,5°C, indispensable pour la survie des petits états insulaires.

Dans un monde rationnel, à Durban, les pays écouteraient les barrissement de l’éléphant et rehausseraient, ici et maintenant, leurs objectifs de réduction. ECO garde donc espoir.
Utilisation des terres, changement d’affectation des sols et foresterie. Le PNUE indique que les règles de LULUCF actuelles pourraient contribuer à hauteur de 0,6 Gt au gigatonnes gap. Ces règles permettraient aux pays développés d’augmenter leurs émissions liées à la foresterie tout en réclamant des crédits. Les parties doivent changer ces règles et se concentrer sur des options de comptabilité intègres environnementalement.
Surplus de quotas. L’utilisation des surplus de quotas issus de la première période d’engagement pourrait se traduire par une augmentation de 2,9 Gt du niveau global des émissions d’ici 2020, selon le PNUE. Il est essentiel d’élaborer des règles robustes pour prévenir ou minimiser le report de ces surplus.
Le double comptage des émissions évitées.   aux côtés des objectifs des pays développés et des engagements des pays en développement pourrait, combiné aux émissions faussement évitées, augmenter le fossé de 2 Gt. Les gouvernements peuvent et doivent exclure cette possibilité une fois pour toutes.

Ici, à Durban, les gouvernements doivent s’accorder sur un processus robuste pour reconnaître formellement, quantifier et combler le gigatonne gap.
Ils doivent également s’accorder pour inclure dans la Vision Partagée l’année 2015 comme année de pic des émissions. Enfin, ils doivent se mettre d’accord sur une deuxième période d’engagement du Protocole de Kyoto, en parallèle d’un mandat pour conclure un accord global et légalement contraignant au plus tard en 2015, pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2018. Ce pas de temps permettrait de ne pas exclure la possibilité d’atteindre le pic des émissions dans les temps.

Les délégués devraient prêter oreille aux sages proverbes africains. “Un homme qui se fait piétiner à mort par éléphant est un homme aveugle et sourd.” Ou bien, de manière plus positive : “ Quand un éléphant devient aussi petit qu’un singe, il cesse d’être un éléphant.”
Pour en savoir plus sur le rapport du PNUE “Bridging the Emissions Gap”, rendez-vous au side-event du PNUE jeudi 1er Décembre au Pavillon Africain.

mercredi 8 décembre 2010

L’Europe des 27 peut-elle passer à -30%

Si les remarques de Christina Figueres au ‘WBCSD climate day’ sont exactes, le Protocole de Kyoto est dans l’impasse et certains pays refusent de s’engager dans une deuxième période en raison de la résistance du secteur privé. Regardons avec attention pourquoi les Etats membres de l’UE ne veulent pas aller vers la fourchette de réduction  des émissions de 25 à 40% suggérée par le GIEC pour les pays développés.
Premièrement, est ce que les citoyens européens soutiendraient un mouvement dans cette direction ? Bien entendu, et le Parlement Européen a d’ailleurs voté le passage unilatéral à un objectif de 30%. Est-ce que le système ETS de l’UE a un impact disproportionné sur les acteurs du pétrole et du charbon ? Pas vraiment, il existe trop d’échappatoires pour ne pas effectuer ses réductions. Alors que pense l’industrie fossile du 30% ? Elle y est opposée vu qu’un renforcement du système ETS aurait un impact réel sur les investissements dans les énergies fossiles, tandis que l’économie verte prospérerait. Mais surtout, est-ce que rester à 20% permettrait de débloquer la situation et de passer à une deuxième période d’engagement ?
Bien sûr que non, car le Japon et la Norvège seraient dès lors les seuls pays ambitieux de l’Annexe 1. E t vu ce que le Japon pense de cette option, nous ne sommes pas près d’avancer.
Ensuite, est ce que les échappatoires dans les décisions COP aideraient à augmenter la crédibilité de l’Europe? Pas même dans vos rêves les plus fous. Mais est ce qu’un objectif de réduction des émissions augmenterait les revenus des enchères de droits d’émissions ?
Oui. Et plus ces enchères seront proches de 100%, plus il sera aisé de financer l’adaptation, REDD et l’atténuation dans les pays en développement. Peut-on imaginer que la présence de tous les ministres européens signifiera un changement de position sur le passage à 30% ?
Que pensent vraiment les leaders européens ?
Nous avions auparavant une assez bonne idée de cela, mais leur position est plus confuse aujourd’hui. Il est temps pour l’UE de regagner le leadership sur le climat qu’elle a si longtemps fourni.

lundi 6 décembre 2010

Engagez-vous !

Les mots « forme légale » et « intégration des engagements » sont sur toutes les lèvres dans les couloirs du Moon Palace. Ce sont en effet des sujet cruciaux, et, comme de nombreuses Parties l’ont fait remarquer samedi lors de la plénière de mi-session, ECO aimerait vraiment que de sérieuses avancées sur le contenu des discussions voient le jour cette semaine.
Sous la voie du PK tout d’abord. Concernant les objectifs individuels et agrégés des pays de l’Annexe 1 pour la deuxième période d’engagement, il y a eu beaucoup de discussions sur la manière de les enregistrer. Mais qu’en est-il du niveau d’ambition de ces même objectifs et de leur lien avec l’exigence scientifique ? En effet, le nouveau texte sur la table a tristement mis entre crochets la nécessité de rehausser ces objectifs de réduction au seul niveau acceptable scientifiquement, c’est-à-dire entre -25% et -40% d’ici 2020 par rapport à 1990. Il est donc indispensable que le mandat de négociation concernant la deuxième période d’engagement qui sera décidé à Cancun, inclût la révision de ces objectifs de réduction individuels et agrégés pour qu’ils rentrent dans la fourchette -25% -40%. ECO attend également des progrès sur les sujets épineux comme  les règles de LULUCF et l’utilisation des surplus d’UQAs.
N’oublions pas non plus l’autre voie de négociation. En effet, les Partie de l’Annexe 1 qui ne sont pas dans Kyoto doivent prendre des engagements comparables à ceux négociés sous la voie du Protocole. Sur ce point, le texte de la Présidente contient des éléments de discussions intéressants mais doit être amélioré au plus vite. De nombreuses options sont ainsi sur la table quant à leur inclusion dans la décision finale, mais le gros souci d’ECO est ailleurs. Quel que soit l’endroit où les objectifs finissent leur course, il est indispensable que soit reconnu le « gigatonne gap » mis en lumière de manière très claire par le PNUE dans son rapport sur le sujet.
Comme pour le PK, le texte du LCA n’inclut pour le moment aucune référence quantitative quant aux émissions nécessaires pour limiter l’augmentation des températures mondiales bien en dessous de 2°C, sans même parler de 1,5°C. Cela doit être la priorité numéro 1.
La reconnaissance de cette inadéquation entre science et politique devra s’accompagner de la création du processus permettant de réconcilier ces deux voies.
Par contre, ECO est très content de voir que l’élaboration de Stratégies de Développement Sobres en Carbone (LCAP en Anglais) fait consensus et transparait dans le texte. Il s’agit en effet d’un outil indispensable pour atteindre l’objectif final de limitation des températures et leur création permettrait d’envoyer un message très positif concernant le sérieux des engagements pris par les pays industrialisés.
Le changement climatique exige que l’on garde constamment un œil sur ce que préconise la science. La revue intégrée au chapitre V du texte de la Présidente offre le cadre approprié pour cela.
La référence au 1,5°c dans le texte actuel est la bienvenue mais ECO est inquiet de voir que la révision des objectifs de réduction sur cette base de température ne se ferait qu’en 2015.  On sait déjà que c’est la date fatidique à laquelle les émissions mondiales devront atteindre leur maximum… Et encore une fois, le processus de mise à jour des objectifs de réduction d’émissions reste flou et doit être fixé avant que nous ne quittions le Mexique.
Consolider ce lien entre science et politique afin d’ouvrir la voie à un accord mondial sur le climat d’ici l’Afrique du Sud est donc l’un des points central de cette semaine qui s’ouvre ici à Cancun. Sans cette pierre angulaire, tout consensus obtenus d’ici samedi aura l’air bien fragile.

jeudi 2 décembre 2010

Le Brésil réalise un nouveau record de réduction d’émissions

ECO sait qu’il y a de nombreuses discussions aux réunions de la CCNUCC au sujet de quels pays vont promettre, s’engager et dire ce qu’il vont vraiment faire.

Plus rarement, nous entendons que certains pays réalisent vraiment des réductions d’émissions comme hier, lors de l’annonce de la chute record du taux de déforestation au Brésil. La réduction de la déforestation amazonienne, de 27 000 km2 en 2004 à moins de 6 500 km2 cette année est en fait la plus grande réduction d’émissions jamais réalisée par un pays. Le Brésil, un pays tropical en développement, a déjà fait ce que les plus grandes puissances ont promis tout au long de la dernière décennie.

Selon les calculs de l’Union of Concerned Scientists, la réduction des émissions issues de la déforestation dans les cinq dernières années, sur la base de la moyenne 1996-2005, s’élève à 870 millions de tonnes de CO2 chaque année. Est ce que c’est gros ?
Et bien, l’engagement européen de réduire de 20% ses émissions d’ici 2020 correspond à moins de 850 millions de tonnes, et celui des Etats-Unis de -17% (sur la base de 2005, et non 1990) s’élève à 1 200 millions de tonnes.

Le Brésil a initialement fixé son objectif de réduire la déforestation de 80% d’ici 2020. Mais comme 67% sont déjà réalisés, le président Luis Inacio Lula da Silva a récemment avancé cette date à 2016.

Les ONG brésiliennes ont démontré que leur pays peut et doit faire mieux en la matière. Un collectif issu de la société civile pousse pour une réduction à 0 d’ici 2015.

Ces nouvelle données prouvent que cela est clairement possible. L’administration de la bientôt présidente Dilma Rousseff doit adopter cet objectif pour conforter la place du Brésil en tant que leader sur la question climatique.
La lutte pour endiguer la déforestation n’a pas été facile, et elle n’est pas terminée. En fait, il y a maintenant une attaque menée par les intérêts agricoles au Congrès brésilien contre le Code de la Forêt, dont le renforcement a été un outil important dans la réduction de la déforestation.
Une étude récente de l’Observatoire du Climat a montré combien les amendements proposés créeraient des échappatoires qui augmenteraient très significativement les émissions. S’ils ne sont pas rejetés, le leadership climatique du Brésil sera remis en cause-
Les progrès du Brésil, pas seulement du fait des mesures gouvernementales, mais aussi grâce à la pression citoyenne met l’accent sur le besoin d’une décision REDD+ dans le cadre d’un paquet équilibré ici à Cancun. Et au-delà, cela démontre l’importance des pays qui agissent, plutôt que se cacher derrière l’inaction des voisins.Il est temps pour les pays de l’Annexe 1 d’aller au-delà des promesses et de commencer à agir pour réduire les émissions de manière drastique et rapide, eux aussi peuvent le faire !

Bem feita, Brasil!