mardi 27 novembre 2012

ADP SVP

Une seule année peut-elle faire la différence ?
2012 a été consacrée à raccrocher les wagons du paquet de Durban, qui, à la fin de Doha devrait former un bel ensemble comprenant un amendement au Protocole de Kyoto, la clôture du LCA et deux plans de travail sous la Plateforme de Durban (l’ADP) (et ECO ne voit aucun inconvénient à ce que des pays rajoutent de l’ambition à ce cocktail !). Aujourd’hui, la table ronde sous l’ADP va commencer à donner corps au programme de travail vers un protocole en 2015 et à ce qu’il devrait couvrir. ECO partage ici ses quelques réflexions préliminaires.
Tout d’abord, que faudrait-il faire à propos des questions non achevées sous le LCA ?
Beaucoup d’entre elles sont pertinentes pour la discussion sur l’accord en 2015. Prenons l’équité, par exemple : ECO est ravi de voir que le texte du président du LCA propose notamment un programme de travail sur l’accès équitable au développement durable, car cela fournit une bonne plate-forme pour les discussions sur les principes et les indicateurs de l’équité, un élément clé pour que l’ADP débouche sur un succès en 2015. Nous avons eu un atelier productif sur le sujet, mais il y a beaucoup à dire sur ce qu’est l’accès équitable au développement. Quels sont les principes qui doivent guider cette question ?
Et qu’est-ce que cela signifie pour les droits de propriété intellectuelle, les questions commerciales, les droits de l’homme et de nombreux autres enjeux dans la pratique ? Il s’agit d’une discussion cruciale, qui doit informer le travail de l’ADP.
La Revue mondiale de l’objectif à long terme de température mondiale est tout aussi importante et il est grand temps que les Parties s’y penchent. Il faudra un organe fort pour procéder à cette Revue mondiale, dont les résultats devront informer le travail de l’ADP.

La question des financements est omniprésente à Doha. A la COP18, nous avons besoin de décisions de la COP couvrant tous les domaines, y compris le doublement, au moins, des financements précoces pour la période 2013-2015. Nous avons aussi besoin d’un processus politique (non technique) sur l’augmentation des financements pour atteindre les 100 milliards de dollars par an promis d’ici 2020, ainsi que les sources de ces financements. De toute évidence, ce travail informera tous les futurs débats au sein de l’ADP. Enfin, les Parties devront étudier comment les différentes institutions créées dans le cadre du LCA lors des dernières COP pourraient travailler ensemble dans le cadre du nouvel accord. Par exemple, les liens entre les différents organes du mécanisme de la technologie permettront de déterminer dans quelle mesure il est capable de répondre aux besoins des pays en développement, et ces décisions exigent clairement des orientations politiques.

ECO souhaite mettre en garde les Parties, 2013 ne peut pas être qu’un forum de discussion. Certes, une phase de conception est nécessaire pour définir un plan d’action et un calendrier de travail clairs. Mais il faudra rapidement transformer ces discussions pour entrer dans des négociations très ciblées, abordant les sujets en profondeur. Nous l’avons (presque) fait par le passé ! Des présentations, des ateliers, des documents techniques, des tables rondes et un engagement continu de haut niveau sont tous nécessaires. Mais ECO attend un texte compilant les principaux éléments à la COP19. Quoi que vous pensez de nos échéances, nous vous assurons (avec la Banque mondiale, l’AIE, le GIEC et d’autres) qu’il y a surtout les échéances planétaires que l’humanité doit absolument respecter - et ces délais sont déjà passés depuis longtemps. Il n’y a plus de temps à perdre.

Tandis qu’aujourd’hui les parties discuteront du plan de travail n°1 de l’ADP (vers l’accord en 2015), ECO ne peut s’empêcher de dire quelques mots au sujet de l’ambition à court terme, parce que, nous sommes ambitieux ! Ici, l’éventail des possibilités pour accroître l’ambition avant 2020 est immense : d’une augmentation des objectifs des pays développés à de nouvelles promesses de notre hôte du Golfe et de ses voisins, en passant par un message clair envoyé au Protocole de Montréal sur les HFC, ou encore l’élimination progressive des subventions aux énergies fossiles. Il nous faut simplement mettre en œuvre ces possibilités. Il est grand temps que les Parties décident que le plan de travail sur l’ambition à court terme ne sera pas un lieu de palabres sans fin, et qu’elles énoncent ici, à Doha, un calendrier précis et des actions quantifiables.

Profitez de vos discussions d’aujourd’hui, mais nous attendons avec impatience de les voir incrites sur le papier très bientôt.

lundi 26 novembre 2012

Financements climat : Il en faut plus ! Pas moins !

Chers négociateurs fraîchement débarqués, préparez vous au bruit strident de la sonnette d’alarme que ne manqueront pas de tirer les pays les plus vulnérables au changement climatique quand ils poseront la question qui fait mal : que se passe-t-il après la fin des financements précoces fin 2012 ?
Et que fait-on maintenant qu’il n’y a plus de doute que les financements précoces auraient du s’appeler « farce-start » au lieu de « fast-start »? Pour ceux qui en doutent encore, ECO a additionné les chiffres et estime que seulement 33% des financements étaient « nouveaux » par rapport aux engagements pris avant Copenhague et que seulement 24% de l’argent était additionnel aux promesses d’aide existantes. Par dessus le marché, seulement 1/5 des financements ont financé l’adaptation, et moins de la moitié étaient du don. Il nous semble que les élus et négociateurs des pays développés doivent ressortir leurs manuels scolaires pour réviser l’équation « nouveau, additionnel, prévisible, adéquat et équilibre entra adaptation/atténuation pour faire face aux besoins croissants des pays ».

Et pour ceux qui ont besoin de visualiser les « besoins croissants », ECO vous invite à compter le nombre sans précédent de désastres liés aux impacts du changement climatique en 2012 qui – additionnés au niveau de la mer qui monte et qui salinise les systèmes d’eau douce et les terres agricoles – alourdit un peu plus chaque jour la facture de la pollution. Les 100 milliards promis à Copenhague sont de plus en plus insuffisants pour faire face aux conséquences de notre inaction…

Ici à Doha, nous nous apprêtons à tomber dans un vide financier au moment où justement nous avons besoin d’augmenter, et non diminuer, nos efforts financiers. ECO est très inquiet de voir les pays développés arriver à Doha les mains vides.


La confiance dans les 100 milliards risque de se gangrener un peu plus encore. Faut-il rappeler qu’en prenant les financements climat en otage, les pays développés mettent en péril l’accord mondial en 2015 ?

Heureusement, ECO laisse deux semaines en plus aux pays pour revoir leurs positions et…

Accroître les financements climat – ECO ne partira pas de Doha sans la certitude que les financements climat continuent et augmentent en 2013. Entre 2013 et 2015, les pays développés doivent doubler les volumes de financement public par rapport aux financements précoces, dont 10 à 15 milliards de dollars devront être dédiés au Fonds Vert au cours de cette même période.

Progresser sur les sources – pour dormir sur ses deux oreilles, ECO a besoin d’y voir clair sur la trajectoire prévue vers les 100 milliards de dollars par an promis en 2020. Progresser sur la mise en œuvre des sources de financement à fort potentiel sera clé pour prévoir des financements pérennes et à la hauteur des enjeux. Mais à condition que les pays développés y mettent plus de cœur. ECO soutient notamment la recommandation du rapport du Programme sur les Financements de Long-Terme qui appelle à créer un groupe d’experts de l’OMI, OACI et CCNUCC pour examiner différentes options de financement climat pour le transport international. ECO donnera un 20 sur 20 aux pays qui alloueront au moins 25% de la taxe sur les transactions financières européennes au Fonds Vert.

Renforcer la transparence et la comptabilisation – Avec les « farce-start », ECO a appris comment maquiller l’existant en nouveau et additionnel. Désormais, ECO souhaite compléter sa formation en comptant honnêtement et justement. En s’appuyant sur les acquis de Durban, les parties doivent s’accorder sur les formats pour rapporter et vérifier que les financements sont bien nouveaux et additionnels, et répartis de manière équilibrée entre adaptation et atténuation. Il est urgent que les financements soient rapportés de manière transparente et vérifiable.

Finalement, ECO a l’intention de ne pas lâcher sur la nécessité d’un espace politique de haut niveau pour négocier les financements après la clôture de l’AWG-LCA. Quel que soit l’espace de négociation, les financements ne peuvent être relégués au statut de question technique. Il n’y a rien de technique lorsqu’on est victime d’une catastrophe climatique. Les vies et modes de vie sont en jeu, la question des financements pour les sauver mérite d’être prise plus qu’au sérieux.

Climat et sécurité alimentaire : attention aux fausses solutions !


Garantir le droit à l’alimentation dans un monde de contraintes climatiques ?  Face à ce défi, le lancement d’un nouveau programme de travail sur l’agriculture, en débat depuis Durban, pourrait ouvrir la porte à plusieurs
« fausses solutions » :

→ La « climate-smart agriculture » : ce concept, qui mise prioritairement sur l’augmentation « durable » des rendements, néglige l’impact différencié des agricultures industrielles et familiales sur la sécurité alimentaire locale et l’environnement. Or il est crucial de rappeler que «les systèmes de production diversifiés, à petite échelle, des pays en développement offrent les meilleures perspectives d’amélioration des moyens de subsistance »  ; Alors que l’agriculture industrielle à grande échelle, avec un fort apport d’intrants externes, génère d’importants niveaux d’émissions de GES.

→ L’intégration de l’agriculture aux marchés carbone, portée par certains comme solution pour garantir l’atténuation de l’agriculture tout en mobilisant des ressources financières pour l’adaptation, est discutable tout d’abord d’un point de vue environnemental. En effet, il est très difficile de mesurer le carbone contenu dans les sols agricoles, et il est impossible de garantir que le carbone y soit stocké durablement. De plus, les grandes exploitations agricoles seront les plus susceptibles d’attirer les investissements du fait de la complexité et des coûts de développement des projets de compensation carbone.

Ce type de projets ne bénéficiera en aucun cas à  agriculture familiale, pourtant la plus vulnérable face aux changements climatiques. Enfin, cette solution risque d’encourager l’accaparement des terres via l’expansion de l’agriculture à grande échelle et la privatisation d’espaces naturels.
Face aux crises alimentaire et climatique, il  faut se concentrer sur les besoins d’adaptation et de sécurisation des petits producteurs. Le potentiel de l’agro-écologie doit également être valorisé.
A cet égard, il est essentiel de faire le lien avec les travaux du Comité sur la Sécurité Alimentaire Mondiale d’octobre 2012 sur « sécurité alimentaire et changement climatique ».
Il convient également de clarifier l’objectif et la valeur ajoutée d’un nouveau programme de travail sur l’agriculture dans le cadre de la CCNUCC (par exemple, par rapport au programme de travail de Nairobi qui aborde la question de l’agriculture sous l’angle adaptation), et de se montrer le cas échéant vigilants sur ses orientations. S’il faut privilégier une approche intégrée des enjeux d’adaptation et d’atténuation, celle-ci doit nécessairement être différenciée selon les modèles de production agricole, leur vulnérabilité et leur responsabilité en termes d’émissions (agriculture industrielle/agricultures familiales).

Sarah Fayolle (CCFD-Terre Solidaire)
et Emilie Johann (CIDSE)

Obama : le changement, c’est maintenant ?

Dans le discours qu’il a adressé après avoir été réélu pour un second mandat, le Président Obama a de nouveau soulevé l’espoir des nombreuses personnes dans du monde qui s’inquiètent du changement climatique quand il a annoncé “Nous voulons que nos enfants vivent dans une Amérique qui ne soit pas plombée par la dette, qui ne soit pas affaiblie par l’inégalité, qui ne soit pas menacée par le puissance destructrice d’une planète qui se réchauffe”. Cet espoir a continué de vibrer quelques jours plus tard lorsqu’à l’occasion d’une conférence de presse, en répondant à une question des médias sur le climat, il a dit qu’il réfléchissait à initier “une discussion nationale...” afin de voir “comment nous pouvions déterminer un agenda qui permette de recueillir un soutien des deux camps afin de faire avancer cette question... et... d’être un leader international” sur le changement climatique. Le Président Obama a semblé comprendre que le changement climatique est une question persistante, à laquelle n’a pas été apportée de réponse adéquate durant son premier mandat.
La question devient alors : et maintenant ?
Durant son second mandat, le Président Obama fera-t-il preuve d’une action ambitieuse pour réduire la menace que le changement climatique fait peser sur les États-Unis et le monde, en opérant la transition de l’économie américaine vers le zéro-carbone, et fera-t-il de la question une pièce maîtresse de la politique extérieure américaine ?
Dans la prolongation des conséquences de l’ouragan Sandy ainsi que de la sécheresse, des feux de forêts et des autres événement climatiques extrêmes qui ont affecté les États-Unis durant la dernière année, il est clairement temps pour le Président Obama de procéder à une remise à zéro de sa politique climatique, au niveau national autant qu’international. 

Tout d’abord, le monde doit entendre ici à Doha de la part du Président et de son équipe de négociation qu’ils restent complètement engagés à maintenir l’élévation du niveau global des températures largement sous la barre des 2°C - ce qui reste non seulement possible mais même essentiel - et que les États-Unis vont s’affirmer comme le leader de cet effort collectif.
L’administration devra alors clarifier comment elle compte atteindre son objectif actuel de réduction de 17 % des émissions américaines. Alors que ces dernières diminuent légèrement, à la fois du fait des politiques en faveur des énergies renouvelables et de la sobriété énergétique des véhicules, et du fait de la baisse drastique des prix du gaz naturel qui ont réduit l’utilisation du charbon pour la production d’électricité, il est peu probable que, sans une réglementation ou une législation plus contraignante, l’administration Obama parviendra à mettre les Etats-Unis sur la voie de la quasi-suppression des émissions qui est appelée par la communauté scientifique pour la moitié du siècle.
Enfin, les délégations présentes à Doha doivent entendre que les États-Unis restent volontaires pour remplir leur part des engagements de Copenhague de mobiliser 100 milliards de dollars annuels pour les financements climat d’ici à 2020, ainsi que pour annoncer quelles innovations financières l’administration est prête à soutenir pour atteindre cet objectif.
Ces quatre étapes constitueront un long chemin pour ré-initialiser la polique climatique des États-Unis. Elles prouveraient qu’au lieu de niveller le monde par le bas au niveau de ce qui est (ou n’est pas) possible aux États-Unis, le Président Obama et son équipe vont élever leur action au niveau de ce que la science et le monde exigent pour éviter un changement climatique catastrophique.

Un dernier point pour finir : chaque entraîneur sait que lorsque votre équipe est menée de plusieurs buts à la mi-temps, un changement de tactique n’est peut-être pas suffisant ; il est peut-être aussi temps de procéder à quelques changements de joueurs.

Fossile du Jour

Le première place du Fossile du jour est décernée aux USA, Canada, Russie, Japon et Nouvelle-Zélande pour leur refus de s’engager dans un cadre multilatéral juridiquement contraignant. Pour les Etats-Unis - sérieusement, surmontez votre
« exception  américaine » et acceptez les règles communes de comptages déjà décidées. Canada, il nous est très difficile de trouver des mots diplomatiquement corrects dans ce Fossile du jour pour décrire votre attitude, mais reprenons-nous - se retirer du Protocole de Kyoto est totalement inacceptable et votre objectif est une insulte aux plus vulnérables. En ce qui concerne le Japon, la Russie et la Nouvelle-Zélande - vous avez encore une chance de soutenir des règles juridiquement contraignantes et de vous engager sur des objectifs ambitieux pour la deuxième période d’engagement (ce qui signifie pas de report de l’air chaud, Russie). Nous cherchons à avoir de vos nouvelles d’ici la fin de la semaine, parce que franchement, voulez-vous être cantonné à ce groupe à faible ambition ?

La seconde place du Fossile revient à la Nouvelle-Zélande. Contrairement à son voisin de l’Ouest, la Nouvelle-Zélande a décidé de ne pas se fixer d’objectif contraignant pour la deuxième période d’engagement, en invoquant des prétextes fallacieux alors que la réalité est toute simple : ce pays fait preuve d’une grande irresponsabilité. Ce sont ses partenaires des îles du Pacifique qui devraient réfléchir à deux fois avant de faire confiance à nouveau à la Nouvelle-Zélande !

Le Rayon du jour nous arrive de l’Union Européenne (UE) pour avoir déjà atteint son objectif de 2020, près de 10 ans en avance !
Elle est vraiment la plus rapide des sous-performants du Protocole de Kyoto ! Mais attendez !? L’UE nous a dit qu’elle n’avait pas l’intention d’augmenter son objectif, déjà atteint, de 20% de réduction des gaz à effet de serre pour 2020. C’est scandaleux! L’UE a-t-elle vraiment l’intention de ne réaliser AUCUNE nouvelle réduction de ses émissions pour les dix prochaines années ?
UE - entre nous - vous devriez augmenter rapidement votre engagement ou les nuages ​​vont apparaître et il va commencer à pleuvoir des fossiles sur votre table de négociation.

dimanche 25 novembre 2012

Sur la route de l’ambition

L’équité est-elle sur le parcours de l’ambition ? ECO clame qu’elle ferait bien de l’être.  Sans cela, rien ne marchera ou ne marchera assez bien.  Sans équité, c’est toute l’histoire de la transition bas carbone et résiliente qui serait trop faible, trop tardive. Et comme les scientifiques semblent vouloir nous dire – voir le récent rapport Turn Down the Heat de la Banque Mondiale -  il semble que l’histoire finisse assez mal.

Comme dirait La Palisse : l’équité sera sur le parcours de l’ambition ou bien ce sera l’inéquité, dressée devant nous comme un mur infranchissable. Nous voyons bien comment cela se passe. Les Etats-Unis - tout en assurant qu’ils en ont fini avec les politiques stériles issues d’une opposition obsolètes Nord / Sud - ont réussi à siphonner la responsabilité commune mais différenciée (RCMD)  (et RC) de tous les textes officiels.

Mais quels sont les effets ? Pour l’écrasante majorité des Parties, l’absence de l’équité confirme l’évidence. Le texte de la Convention s’applique. Les États-Unis ont-ils noté que les actions provoquent des réactions ?
Le chef de la délégation américaine a rejeté les Annexes, les considerant “anachroniques” et a appelé à « la différenciation d’un continuum, chaque pays devrait agir vigoureusement en fonction de sa situation en constante évolution, des capacités et des responsabilités». C’est une bonne idée, mais malheureusement il souffre de son association aux agressifs efforts des Etats-Unis à détruire Protocole de Kyoto. En arrivant à Doha, ECO peut se demander si cette regrettable situation est sur le point de changer. Avec la réélection du président Obama, il y a une chance pour réinitialiser la stratégie internationale de Washington, la tactique et le personnel. Il n’y aura pas beaucoup plus de chances avant 2015. 

En même temps, la question est entendue. Le régime ambitieux, mondial et fondé sur des principes dont nous avons besoin ne peut venir que par le biais d’une application créative des principes de la Convention, la responsabilité commune mais différenciée selon les capacités respectives étant le premier d’entre eux. Alors oui, M. Stern, nous avons besoin d’une approche dynamique, une approche qui prenne pleinement en compte l’évolution des réalités de ce monde déjanté et dangereux. C’est-à-dire que nous n’allons pas réussir sans une vision du dynamisme qui puisse être considérée comme entièrement juste, tant du point de vue de la procédure que de l’équité.


Où en sommes-nous ? Dans une situation désespérée dans laquelle tous les pays riches doivent rapidement remplir leur contrat pour combler le fossé des émissions. Heureusement, cet objectif peut être accepté politiquement et juridiquement dans les limites des accords et traités existants, mais uniquement si les Parties négocient de bonne foi. En particulier, les engagements existants - pour atténuer et soutenir l’atténuation et l’adaptation des autres - doivent être remplis. A plus long terme, un nouvel accord sera nécessaire, un accord plus difficile que nous n’allons pas réaliser sans un engagement clair et politique de faire de
« l’accès équitable au développement durable »
quelque chose de réel et de concret. Ceci, à son tour, nécessitera une négociation solide sur des approches créatives et fondées sur des principes pour partager les coûts et opportunités mondiales à long terme de l’atténuation et de l’adaptation.

Il est encore temps de lancer la plateforme de Durban avec des  ambitions élevées et une vision coopérative. Mais, franchement, il ne reste plus beaucoup de temps. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est du courage et un réel sens de l’état. L’administration Obama, pour sa part, doit commencer à négocier un régime qui soit suffisamment juste pour pouvoir fonctionner dans les faits. Et les négociateurs du G77, eux aussi, doivent faire mieux. Lorsque les ministres des pays BASIC ont appelé dans leur déclaration de septembre à « un effort international accru pour une mis en œuvre à partir de 2020, sous la CCNUCC, qui respecterait les principes d’équité et de responsabilités communes mais différenciées ainsi que la différenciation entre l’annexe 1 et non-annexe 1 », ils ne montraient pas vraiment une grande ouverture à de nouvelles approches de la RCMD/CR. Compte tenu de la situation actuelle, leur réticence est compréhensible, mais il ne suggère pas le genre de leadership dont nous allons avoir besoin dans les années à venir. Peut-être qu’après Doha, un tel leadership sera enfin à l’ordre du jour.

Des négociations difficiles nous attendent. Comment les organiser au mieux ?
L’équité est un sujet est suffisamment important pour avoir sa propre voie de négociations. Mais si cela n’est pas possible, nous sommes convaincu que les voies de la vision partagée ou de l’ambition, ou les deux, lui permettront, se ferait un plaisir de lui faire une place sur le théâtre des négociations. D’une façon ou d’une autre, le débat se tiendra et personne ne serait assez stupide pour en minimiser l’importance.
Voici quelques conseils gratuits : parlons des principes d’abord et après s’être mis d’accord sur les fondamentaux (par exemple : les points indispensables sont l’ambition, la capacité, la responsabilité et les droits des pauvres au développement durable), nous serons en mesure d’aller de l’avant sur la question de l’équité: partir des principes pour aboutir à des accords cohérents et réciproques.

La situation ne sera pas simple à résoudre. Mais il n’y aura pas de vrai confiance ou de mouvement en avant tant que la problématique de l’équité n’aura pas été reconnue et respectée comme un élément fondamental de cette négociation. Et - a-t-on encore besoin de le dire - tant que des progrès conséquents ne seront pas obtenus sur le terrain du financement également car c’est là seulement que pourront se matérialiser les beaux discours et les belles propositions. La bonne nouvelle c’est que dans tous les cas, c’est une décision qu’il n’appartient qu’à nous de prendre.

Doha, et ça repart

D’une conférence excessivement climatisée à une autre. Il y a 3 mois seulement, ECO réfléchissait aux attentes et résultats de la COP18, sous le soleil tropical de Bangkok, et nous revoilà, à l’entrée du désert cette fois. C’est très étonnant de voir combien les choses peuvent changer en trois mois… un nouveau gouvernement chinois, un nouveau mandat pour Obama, des élections en Ukraine, Georgie, Lituanie et Venezuela mais aussi, de plus en plus d’évènements météorologiques extrêmes et de pertes et dommages associés.

Mais de si gros changements vécus par la communauté internationale vont-ils changer la donne à Doha? Si les attentes sont fortes, tout le monde sait que ce n’est pas à Doha que se jouera la coupe du monde du climat. Les négociations à Durban ont donné aux négociateurs de nouvelles instructions politiques. Doha doit maintenant valider les termes de référence de l’accord en 2015. ECO souhaite rappeler aux délégués que cela ne signifie pas qu’ils peuvent donc se reposer jusqu’en 2015, bien au contraire ! L’enjeu – la survie de nos populations - est trop grand. La saga du Protocole de Kyoto continue, le LCA doit terminer son travail avec succès, le programme de travail pour la plateforme de Durban doit être établi, et les organes subsidiaires doivent progresser. Doha ne doit pas renégocier Durban, nous devons aller de l’avant. Bismarck a dit un jour “la politique, c’est l’art du possible” et ECO est convaincu qu’un accord est possible à Doha. Mais à condition que la diplomatie soit au coeur de cet accord. ECO attend avec impatience de savoir comment la présidence de la COP18 compte rallier les parties à Doha pour adopter un paquet de décisions dans les deux prochaines semaines.
ECO est très heureux que l’Australie redynamise la négociation en annonçant son intention de s’engager dans la deuxième période sous le Protocole de Kyoto (à part son objectif trop faible et les conditions qu’elle impose avant de signer). Si seulement les autres retardataires faisaient de même! En refusant de s’engager dans une 2ème période sous le Protocole de Kyoto, la Nouvelle Zélande fait preuve de stupidité scandaleuse. Comment des pays comme la Nouvelle Zélande peuvent-ils exiger un accord juridiquement contraignant en 2015 s’ils ne sont pas prêts à s’y impliquer ?!
Et ECO attend toujours que l’Union Européenne vienne à Doha avec une offre solide qui reflète la réalité. Car oui, l’UE a déjà atteint son objectif de -20% prévu pour 2020, avec 9 ans d’avance. Et avec un peu de chance, la délégation polonaise - qui brigue la COP19 - aura envie de renforcer l’ambition européenne pour justifier sa candidature. ECO est prêt à accueillir un tel engagement et n’a pas oublié de prendre ses t-shirts ‘j’♥ le KP’ dont les délégués sont si friands chaque année.  

A Doha, obtenir une clôture réussie pour le LCA passera par un amendement au protocole de Kyoto pour sécuriser l’intégrité environnementale et éliminer les échappatoires. Mais ECO ne peut pas ignorer la fuite anticipée du Protocole du Canada, du Japon et la Russie (peut-être ou peut-être pas?) – ils doivent être publiquement fustigés pour avoir négligé leurs obligations et leurs intérêts nationaux.

Pour beaucoup, l’enjeu politique de la COP18 sera de terminer le travail du LCA avec succès. Au delà de l’adoption des amendements pour le Protocole de Kyoto, il reste beaucoup de travail à accomplir en matière de financement et de suivi, communication et vérification (MRV) des efforts des pays développés. Pour encourager l’action climatique et faciliter la clôture du LCA, il est impératif que les pays développés rassurent les pays en développement sur les progrès accomplis pour mobiliser les financements climat de long-terme et sur la montée en puissance des financements disponibles après 2012. ECO pense que la proposition du G77 sur le MRV sous l’article 1bi du Plan d’Action de Bali (LCA) permet de répondre à cet enjeu. C’est en renforçant la transparence la redevabilité des pays développés en matière de réduction d’émissions que le G77+la Chine et les signataires du protocole de Kyoto (en d’autres mots, la majorité des pays autour du monde) seront rassurés sur la volonté des pays Annexe I mais non contraints par le Protocole de Kyoto de faire des efforts de réduction comparables.

Et enfin, la plateforme de Durban (ADP). ECO souhaite rappeler aux parties que sans équité et ambition, il n’y aura pas  d’accord en 2015. Et qu’il faut donc que la négociation se structure aussi autour des préoccupations des pays en développement. Sur l’ambition de court terme, ECO attend avec impatience les propositions des pays pour renforcer leur action immédiate pour lutter contre le changement climatique.

Les changements majeurs en matière de politique et d’économie impliquent beaucoup de changements aussi pour les négociations au sein de la CCNUCC. Si la volonté politique n’est toujours pas au rendez-vous parmi les pollueurs majeurs, le vent tourne (métaphoriquement et météorologiquement !). Décrocher un accord en 2015 va exiger des changements fondamentaux dans l’économie politique et réelle de nombreux pays. Doha doit s’appuyer sur les avancées de Durban et poser les jalons d’un accord à la hauteur de l’urgence.

Le fossé entre les intentions et l’action crédible se creuse. Cette COP donne une opportunité aux économies les plus avancées de soumettre leur plan d’action pour aider à combler ce fossé. Les pays du Golfe notamment peuvent contredire les sceptiques qui disent que les négociations climat ne sont qu’un terrain de jeu pour les pays de l’OPEC. Nous avons besoin d’une passerelle qui permet de transiter de l’ère du charbon, du pétrole et du gaz vers un système qui protégé le climat et facilite l’accès aux énergies renouvelables pour tous.