mercredi 28 novembre 2012

Où se cache l’argent ?

Les 30 milliards de dollars qui ne font pas 30 milliards de dollars.
Les négociateurs s’en doutent sûrement, ECO s’est penché sur les chiffres pour faire un bilan (presque) final de ce qui a été décaissé en matière de financements précoces. Non seulement la majorité des financements n’étaient ni nouveaux ni additionnels, mais en plus les pays donateurs ont décidé seuls les règles de comptabilisation et quoi inclure dans leur bilan. Les Etats-Unis, par exemple, ont comptabilisé les projets de programmes de sécurité alimentaire dans leur volet adaptation, et ont compté également des crédits à l’export (qui en fait permettent de subventionner les entreprises américaines). Autre exemple, le Japon a comptabilisé des milliards de financements privés dans son engagement. ECO a beaucoup de mal à évaluer et comparer les bilans publiés par les pays. ECO comprend mieux le sentiment de frustration des pays en développement et leur appel à plus de confiance (et de financements). Pour ce qui concerne les financements après 2012, il faut plus de clarté (MRV) sur ce qui se cache derrière les chiffres. 

S’assurer que les 100 milliards de dollars fassent 100 milliards de dollars.
Heureusement, ECO voit une lumière d’espoir au bout de ce tunnel opaque. Il est possible de progresser sur deux questions à Doha. D’un côté, le LCA peut se mettre d’accord sur quels flux financiers comptabiliser légitimement en tant qu’appui à l’atténuation et l’adaptation dans les pays en développement. Cette discussion a été évitée avec soin depuis plusieurs années. La nouvelle ère des financements qui s’ouvre en 2013 ne doit compter que les financements additionnels aux efforts promis en matière d’aide publique au développement. Pour ne tenir compte que des contributions réelles des pays développés lorsqu’ils financent des prêts, il ne faut compter que la partie de dons de ce prêt. Et dans tous les cas, seulement la partie
« climat » des projets.

Dans le cas des financements privés mobilisés grâce aux financements publics, les pays ne doivent compter que ce qu’ils arrivent à démontrer. Si les négociateurs qui suivent les questions de MRV n’arrivent pas à se mettre d’accord sur cette définition à Doha, le Comité Permanent pourrait décider de ce qui peut compter ou non en matière de financements climat.

Mais la COP peut progresser ailleurs sur la transparence. Le SBSTA planche sur des formats de nomenclature communs (CTF) qui permettraient de rapporter les engagements financiers. Les nomenclatures permettraient déjà d’améliorer la transparence en attendant une définition claire des financements. Pour éviter de répéter le chaos créé par les financements précoces, ECO insiste que ces nomenclatures doivent renforcer la transparence pour reconstruire la confiance et renforcer la traçabilité de façon à ce que les pays donateurs ET pays récipiendaires puissent suivre les flux financiers. A cette fin, les nomenclatures doivent inclure les listes de projets financés, leur additionnalité à l’engagement en matière d’aide publique au développement (0,7%), les montants spécifiquement climat et la part comptabilisée en tant que don dans les prêts, garanties et autres instruments. Par ailleurs, les financements privés ne doivent pas figurer dans ces nomenclatures.
Les pays en développement ont besoin de prévisibilité en matière de flux financiers dans les années à venir. Les financements précoces nous ont montré que promettre des gros volumes de financement ne suffit pas. En éliminant les exercices de triches comptables, c’est déjà une première étape de franchie pour accroître la transparence et concrétiser les financements.

mardi 27 novembre 2012

Mettre un frein à la course à l’accaparement des terres qui affame à tout bout de champs

En parlant de climat, Doha parle également de développement. Parmi les phénomènes liés aux changements climatiques, on constate que le phénomène d’accaparement des terres s’est accéléré à la fin des années 2000 et touche essentiellement l’Afrique (62 % des transactions).
Les chiffres sont alarmants : Oxfam indique un accroissement des investissements étrangers dans des pays en développement de 200% entre mi-2008 et 2009; la Banque Mondiale estime les acquisitions effectuées en 2009 à 45 millions d’hectares, soit dix fois plus qu’en 2008; la FAO révèle qu’au cours des cinq dernières années, 50 à 80 millions d’hectares de terres agricoles dans les pays en développement ont fait l’objet d’achat ou de location. Ce qui inquiète le plus est ce à quoi les terres sont destinées :
monocultures intensives et sécurité alimentaire du pays de l’investisseur.
L’enjeu est d’arriver à définir une meilleure gouvernance foncière qui pourrait empêcher les accaparements de terres, protéger les droits des communautés rurales contre toutes les formes d’accaparement foncier et in fine, contribuer à la sécurité et la souveraineté alimentaire des populations locales.
Les négociateurs et Ministres réunis à Doha doivent négocier des politiques climatiques qui permettent d’endiguer ce phénomène. Nous attendons des pays développés qu’ils développent des politiques agricoles qui luttent contre l’accaparement des terres au lieu d’y contribuer. Nous attendons aussi que les pays-victimes du phénomène d’accaparement des terres se mobilisent sans plus tarder pour :
- s’approprier les « directives volontaires sur la gouvernance responsable des régimes fonciers, dans le contexte de la sécurité alimentaire nationale » adoptées en mai 2012 par le Comité de la sécurité alimentaire mondiale et les appliquer à travers des réformes des politiques foncières.
- promouvoir la participation de tous (communautés, associations paysannes, ONG, etc.) aux processus de prise de décision relatifs à la gouvernance foncière.
- s’inspirer de l’exemple du Niger qui s’est doté d’une politique foncière originale appelée Code Rural qui reconnaît la validité des droits coutumiers. Depuis lors, les investisseurs privés ont du mal à acquérir des terres au Niger du fait de l’absence des politiques de promotion des exportations, à la différence de beaucoup d’autres pays d’Afrique.

Yaovi L. KOGBE,
Les Amis de la Terre-Togo

Pays arabes, c’est l’heure d’affirmer votre leadership

Pour la première fois dans l’histoire des négociations CCNUCC, une COP se tient dans un pays du Moyen-Orient. Le Qatar, qui appartient à cette riche région du Golfe persique, héberge la 18ème Conférence des Parties. Il y a beaucoup d’enjeux dans ces 2 semaines et le monde entier espère que la Présidence et les Parties contribueront à trouver un accord fructueux et équilibré pour l’action climatique pré et post 2020. Les pays arabes, et le Qatar en particulier, seront dans cette COP particulièrement sous les feux des projecteurs.
Cette dernière a non seulement fait émerger les questions climatiques dans la péninsule arabique, très sensible aux conséquences du changement climatique, mais a aussi stimulé le Mouvement des jeunes arabes pour le Climat (AYCM). Ce mouvement, que ECO a souvent rencontré dans les allées de la COP, interpelle leurs dirigeants ainsi : «Pays arabes, soyons leaders sur les négociations climatiques !».
Le Moyen-Orient subit les conséquences du changement climatiques avec davantage de sécheresses, des précipitations diminuées et des inondations. Ils n’ont pourtant jusqu’à présent pas engagé de changement majeur de leur politique énergétique et n’ont jamais manifesté d’intention de s’impliquer dans les négociations internationales. Le printemps arabe a mis en place des conditions favorables sur le plan social et pour l’implication de la jeunesse dans les affaires publiques. Il a également fait émerger un «printemps climatique» : beaucoup de jeunes activistes n’hésitent plus à interpeller leurs gouvernements à agir sur le plan de la mitigation et de l’adaptation afin de réduire l’impact des changements climatiques.
Le Mouvement des jeunes arabes pour le Climat a l’intention de créer un large mouvement de jeunesse à travers tout le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, avec 20 coordinateurs nationaux sur 15 pays et aspire à se faire entendre du Golfe persique à l’Atlantique. Ils s’impliquerons à Doha pour suivre et interpeller les délégués de leurs pays respectifs et organiser des évènements en marge de la COP afin d’influencer les positions nationales et internationales. Plus d’une centaine de jeunes arabes sont présents à Doha pour réhausser l’ambition de cette COP. Ils veulent que les pays arabes prennent des engagements chiffrés de réduction, s’engagent sur la période pré-2020 et contribuent à construire un accord international juridiquement contraignant afin d’assurer au monde arabe un futur climatique soutenable.

L’Australie veut enfin perdre du CO2

Tout le monde sait qu’ECO n’aime pas se montrer désobligeant vis-à-vis des Parties.
Tous conviennent, néanmoins, que l’Australie affiche sur la balance, un certain embonpoint et qu’elle doit perdre son excès de poids carbonique. Raison pour laquelle ECO s’est réjouit en entendant, il y a quelques semaines de cela, que l’Australie s’engageait à soutenir le protocole de Kyoto 2, adhérant de facto au club des Parties au régime.
Mais, chère Australie, qu’est-il arrivé à ton objectif climatique ? 99,5% de réduction des émissions de CO2 ? C’est tellement minime qu’il suffit d’arrondir un peu les angles, et hop, le tour est joué. Ne sais-tu pas que l’excès de poids en carbone est mauvais pour ta santé ? Le docteur Pnue a pourtant dit que tu dois faire fondre tes émissions de 25 à 40%. Et ton grand économiste Ross Garnaut te rappelle que le plus vite tu commenceras ta diète, le plus facile ce sera.
Serait-il possible que ton addiction aux combustibles fossiles inhibe ta volonté ?
ECO sait bien que tu en as à revendre. Mais tu disposes aussi de formidables gisements d’énergies propres qui peuvent faciliter ton sevrage.
Dès lors, que faisons-nous ? Primo, la colonne 6 indique ton objectif raisonnable de perte de poids en carbone. Secundo, il reste de nombreuses réunions durant ces deux prochaines semaines. Pourquoi ne montrais-tu pas sur une table pour crier au monde entier : « Mon nom est Australie, j’ai longtemps suivi une mauvaise voie, mais maintenant Kyoto est mon guide. Aussi, je me fixe des objectifs ambitieux que j’attendrai en respectant des règles contraignantes. »

Eclater la bulle d’air chaud à Doha ?

Les permis d’émissions non utilisés qui découleront de la première période d’engagement du Protocole de Kyoto pourraient atteindre 13 milliards de tonnes d’équivalent CO2. Cette vague d’air chaud grossit et pourrait déferler sur la deuxième période du Protocole, menaçant sa viabilité, ainsi que celle de tout accord mondial sur le climat qui serait conclu dans le futur.

ECO tient à rappeler aux délégués présents à Doha que le problème de l’air chaud est le résultat d’objectifs très faibles des pays pendant la première période. Ces objectifs se situent bien au-delà de ce que les pays avaient projetté d’émettre. La Pologne, par exemple, s’est engagée à réduire ses émissions de 6% par rapport à 1988. Cela, en dépit du fait qu’en 1997, lorsque les objectifs de Kyoto ont été fixés, les émissions de la Pologne étaient déjà environ 20% en-dessous des niveaux de 1988 ! ECO met en garde les délégués :
il ne faut ne pas croire les fausses déclarations de ceux qui prétendent que l’air chaud est le résultat d’une action climatique. Ce n’est pas vrai - et l’effondrement économique des années 90 ne peut pas conduire à hériter des droits suplémentaire vis-à-vis le processus de lutte contre le changement climatique.

Mais beaucoup ont la mémoire courte. ECO ne peut pas s’empêcher de remarquer que les Parties sont sur le point de faire la même erreur que par le passé : les faibles engagements annoncés au titre de la 2e période d’engagement du Protocole de Kyoto pourraient signifier qu’un nouvel excédent de 3 à 10 milliards de tonnes s’accumulerait à l’horizon 2020 ! Ajoutez à cela l’excédent de 13 milliards de tonnes issu de la première phase et tous les objectifs de réduction d’émissions sous Kyoto n’auraient plus d’objet. Pourtant, la Russie, l’Ukraine et la Pologne, qui sont les détenteurs des surplus les plus importants, insistent encore pour un maintien de leur droit de vendre leur air chaud. ECO a étudié la question : leurs tentatives sont vaines. Les objectifs de réduction d’émissions pour la 2e période du Protocole de Kyoto sont si faibles qu’aucun pays ne va acheter leurs surplus ! Le prix des permis Kyoto s’est d’ailleurs effondré, passant de 13 euros en 2008 à moins de 0,5 euros en 2012.

L’air chaud est tellement volumineux que, même si les pays développés devaient accroître leurs engagements en 2e période du Protocole de Kyoto, ils pourraient atteindre ces objectifs accrus simplement en achetant ce surplus de permis à émettre et sans réellement réduire leurs émissions.

Pour les participants à la COP qui sont intéressés à remettre un peu d’intégrité environnementale dans le système, ECO tient à souligner qu’ils auront besoin pour cela de faire éclater la bulle d’air chaud. Dans le cas contraire, même une augmentation par les pays de leurs objectifs actuels, dont la faiblesse est une menace pour l’humanité, ne serait pas d’un grand secours. Accroître l’ambition et mettre fin aux échappatoires sont deux mesures complémentaires. ECO suggère donc aux pays de commencer à étudier sérieusement la proposition du G77+la Chine. Cettre proposition réduit efficacement l’utilisation de l’air chaud en 2e période du Protcole de Kyoto, met fin aux transactions de permis d’émissions, et surtout annule définitivement l’excédent à la fin de la deuxième période de Kyoto.

Et à la question «est-ce utile ?», ECO répond que nous sommes maintenant sur une trajectoire d’émissions qui pourrait mener à un réchauffement de 4°C ou plus. Que les impacts associés à un réchauffement de «seulement» 2°C ont été revus à la hausse et sont désormais considérés comme « dangereux » et même « extrêmement dangereux ». Qu’un monde réchauffé de plus de 2°C menacerait l’existence même de notre civilisation, telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Vous avez entendu parler de l’air chaud ? Il vous inquiète ? Alors foncez : éclatez la bulle d’air chaud

Fossile du Jour

La première place est attribuée à la Turquie. Bien que la Turquie soit le quatrième investisseur mondial dans le charbon, bien qu’elle détienne la plus forte augmentation relative des émissions annuelles de GES entre 1990-2010, et bien qu’Ankara ait déclaré 2012 « l’année du charbon », la Turquie demande plus de fonds dans les négociations sur le climat, et cela alors qu’Ankara n’a proposé aucun QUELROs pour la première période d’engagement. Pour rendre les choses encore plus fossilisées, la Turquie a déjà déclaré qu’elle ne prendrait pas d’engagement pour la deuxième période du Protocole de Kyoto. Cependant, ils restent invisibles pendant les négociations, afin de ne pas attirer trop l’attention. Turquie, l’heure est venue de monter sur la scène fossile !

La deuxième place du Fossile du Jour revient à l’Union Européenne pour avoir déjà à atteint son engagement de réduction de 20% d’ici 2020 et avoir jusqu’à maintenant choisi de ne pas le renforcer alors qu’il reste encore quasiment 10 ans.
 L’UE a-t-elle vraiment l’intention de ne réaliser AUCUNE nouvelle réduction de ses émissions pour les dix prochaines années ? UE - entre nous - vous devriez augmenter rapidement votre engagement ou les nuages vont apparaître et il va commencer à pleuvoir des fossiles sur votre table de négociation.

(1). Selon les dernières projections de l’Agence Environnementale Européenne, les émissions européennes domestiques avient réduit en 2011 de 17,5% par rapport à 1990. En tenant compte de l’introduction dans le marché des quotas de crédits internationaux des crédits de compensation, d’émissions du marché de quotas d’émission européen , on constate que l’Europe des 27 a bel et bien battu son objectif de -20% pour 2020 avec 9 ans d’avance !

Quel est le problème avec la Pologne ?

Le gouvernement polonais vit dans le passé. A cause de ce passé, il croit que la Pologne devrait être traitée comme un cas particulier pour toujours. C’est oublier que beaucoup de choses ont changé dans le pays depuis les années 1990.
Désormais, la Pologne est un pays développé. Mais au lieu de renforcer ses politiques climatiques pour accroître  la compétitivité nationale, le gouvernement polonais bloque toute action sur le changement climatique et menace l’avenir du pays.

Jusqu’à présent, la Pologne a fait tout ce qui était en son pouvoir pour paraître comme le «mauvais élève» de l’UE. La Pologne s’est opposée par trois fois à une action climatique plus ambitieuse de l’UE d’ici 2020 et au-delà. ECO comprend que la Pologne veut être considérée comme un pays fort de l’Union. Mais au niveau national, les autorités polonaises n’ont pas appliqué d’importantes législations européennes (par exemple sur les énergies renouvelables).

En outre, elles envisagent de construire de nouvelles centrales au charbon et des centrales nucléaires, d’ouvrir de nouvelles mines de lignite, et d’extraire du gaz de schiste. Ceci à un moment où la plupart des pays européens sont en transition vers une économie bas-carbone basée sur les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique.

Lors des négociations de la CCNUCC, le gouvernement polonais a bloqué l’adoption par l’UE d’une position unifiée et constructive sur le surplus de 13 milliards d’Unités quantitatives attribuées (UQA). Il n’a pas honte d’affirmer que seul le report total des quotas Kyoto à la deuxième période du Protocole pourra les satisfaire. Le gouvernement de Donald Tusk ne semble même pas dérangé par le fait de s’aligner avec la Russie sur cette question. ECO voudrait demander au gouvernement polonais pourquoi il insiste pour un report complet du surplus d’UQA en 2e période, puisque ces crédits auront une valeur proche de zéro au cours de la 2e période, tant la demande est faible et l’offre importante. La Pologne est-elle vraiment prête à faire dérailler les négociations internationales sur ce point ?

La Pologne veut accueillir la COP19. Mais est-elle en mesure de le faire ? L’organisation d’une COP s’accompagne de nombreuses responsabilités politiques, notamment être en mesure de participer de manière constructive l’élaboration de solutions. Organiser une COP, ce n’est pas seulement appeler les autres à agir davantage, mais aussi mettre en place une action plus ambitieuse. La Pologne n’a pas encore montré au monde qu’elle est capable de le faire. Au lieu d’opposer son veto régulièrement, le gouvernement polonais doit apprendre l’art du compromis. Pologne, es-tu prête ?